Omnivore


On croyait la cuisine de nos voisins d'Albion infecte. C'est un tort: avec l'artiste londonien Arthur Mc Loland, elle devient plus simplement atroce. Pour le plus grand bonheur des petits... et des grands?

Matières fécales, mucus, sperme et sang s'accomodent assez d'une esthétique culinaire classique
Reconnaissons à Guillaume Durand un certain courage pour avoir invité Arthur MacLoland sur le plateau de Nulle Part Ailleurs, en dépit des goûts souvent frileux de son public. Mais il faut dire que le journaliste avait ce jour le nez bouché. L'art, c'est de la merde! clame M.MacLoland. Et c'est bien là qu'est le problème, si l'on en juge par les réactions scandalisées d'une partie des visiteurs de l'exposition "Art and body" le printemps dernier à Londres. Admettons que l'odeur qui se dégageait du gigantesque hall du Contemporary Museum n'était pas des plus agréables. Si les plats de ce cuisinier particulier peuvent séduire sur le papier, les avoir en face est une autre paire de manches. Je me sers de tous les fluides corporels possibles pour mes compositions. Matières fécales, urines, mucus, sperme et sang s'accomodent assez d'une esthétique culinaire classique, mélangés avec des composants plus traditionnels,comme les carottes et les poivrons, s'amuse celui par qui le scandale arrive. J'essaie de jouer sur le contraste entre la forme, la présentation extrêmement sobre de mes oeuvres et la composition qui fait appel à de éléments nettement plus extrêmes. Nous ne donnerons pas ici les recettes de l'artiste, qui resteront secrètes, juste quelques photos pour vous mettre en appétit.

Arthur Mc Loland :
La cuisine doit prendre un rôle radical dans la lutte contre le spectacle consumériste et décadent.


C'est une démarche salutaire face aux dangereux retour de l'artistiquement correct. Nous sommes conscient que ces oeuvres choqueront le bon goût bourgeois et conservateur, mais l'artiste est d'abord un révolutionnaire, comme l'a dit à la télé M.Durand, nous explique Jean-Fabrice de Chamelaze Bézancour, qui accueille dans sa galerie les oeuvres de MacLoland jusqu'au 30 septembre. On aurait aimé faire plus long, mais ces oeuvres sont hélas périssables. C'est, je pense, une grande réussite : on a eu la visite de plusieurs ministres et de leurs épouses. Tout ce que la capitale compte de personnalités progressistes et influentes a fait le déplacement pour dire merde à l'ordre moral, s'enhardit même Jean-Fabrice.

" Breakfast ", une des créations les plus révoltantes de Mc Loland, et l'une des plus appréciées par le public.

Une démarche salutaire face au dangereux retour de l'artistiquement correct
Ce que font les anglais en ce moment, c'est génial, s'emporte Benoit de Lacourazerie, 22 ans, étudiant aux beaux-arts. Y'a vraiment qu'eux pour oser bousculer les vieilles structures pourries de l'establishment. En France, on décourage continuellement le travail et l'initiative individuelle : t'as qu'à voir les 35 heures et tout ça ! Pas très loin de là, Jack Lang explique à Mathieu Chevara : Cela nous montre que l'art redevient un véritable lieu de l'expression populaire. La scatologie, ça ne devrait pas choquer, ce sont des choses de tous les jours, de la vraie vie. Il faut dire que grâce à l'intervention du maire de Blois auprès du préfet, également présent, les mineurs ont le droit d'assister à l'exposition. Les enfants semblent d'ailleurs beaucoup s'amuser de tout ça, même si un bambin de quatre ans manque de peu de détruire une génoise en voulant jouer avec.
Ce sont eux qui ont raison, argumente la préfette sortie prendre un bol d'air frais, les enfants ont sans doute un lien beaucoup plus sain avec la fécalité que nous autre adultes, étouffés par 2000 ans d'éducation judéo-chrétienne...
Malgré ces paroles lucides, Madame la préfette aura quelque hésitation à se servir devant le buffet servi à l'intérieur : les patisseries présentées étaient en effet les répliques parfaites des éclairs au chocolat de Mc Loland. Après tout, le courage a ses limites...