Alors qu’au Québec une Loi Spéciale restreint le doit de grève et de manifestation, que les arrestations musclées (avec ou sans suites judiciaires) se chiffrent désormais par milliers, que le mouvement s’étend à d’autres parts de la société (malgré l’arrière-garde des bureaucraties syndicales), et que la rue rivalise d’imagination, nous reproduisons ci-dessous la lettre ouverte d’une écrivain née au Québec, ex-étudiante à crédit et auteur aux éditions Verticales d’un premier roman, La Poupée de Kokoshka. Ce texte témoigne à la première personne du singulier & du pluriel d’une question cruciale, l’endettement généralisé des étudiants dans une économie du savoir massifiée, et en cela il nous force réfléchir à cette question politico-existentielle, la dette, qui, sur divers continents, et sous des formes parfois non-dites, est au cœur des politiques d’austérité actuelles et de leur mouvement de contestation, en Grèce, au Magrheb, au Chili, au Canada francophone ou ici même, aux portes des Pôle-Emploi.
Source : Pense-bête
Je suis anarchiste depuis peu de temps. Ce n’est guère que vers le milieu de l’année 1891 que je me suis lancé dans le mouvement révolutionnaire. Auparavant, j’avais vécu dans des milieux totalement imbus de la morale actuelle. J’avais été habitué à respecter et même à aimer les principes de patrie, de famille, d’autorité et de propriété. Mais les éducateurs de la génération actuelle oublient trop fréquemment une chose, c’est que la vie, avec ses luttes et ses déboires, avec ses injustices et ses iniquités, se charge bien, l’indiscrète, de dessiller les yeux des ignorants et de les ouvrir à la réalité. C’est ce qui m’arriva, comme il arrive à tous. On m’avait dit que cette vie était facile et largement ouverte aux intelligents et aux énergiques, et l’expérience me montra que seuls les cyniques et les rampants peuvent se faire une place au banquet. On m’avait dit que (...)
Hier lundi, nos journalistes étaient en grève. Certes, sur internet les nouvelles ont circulé, mais au moins, durant une journée, nous avons connu un vrai répit. Après-tout, dans ce pays nous avons déjà assez vu et assez appris en si peu de temps. Et la suite c’est pour très bientôt, selon l’avis partagé par tout le monde ce dernier temps. Les sondages avouables nous apprennent que SYRIZA et la Nouvelle Démocratie seraient en train de se disputer âprement la première place. Pour l’instant, on réalise (lorsqu’on n’a pas perdu toutes nos facultés de raisonner), qu’il ne s’agit pas de la place du conducteur, mais de l’autre à ses côtés, considérée aussi comme « celle du mort ». Jusqu’à prouver le contraire, le conducteur demeurera un autre, une Troïka, une Chancelière, une instance bruxelloise, ou étasunienne, qui sait ? (...)
Entre mer Noire et mer Caspienne, Caucase et Mésopotamie, situé au carrefour des grands Empires perse, romain, byzantin, puis arabe, mongol, ottoman et russe, le royaume chrétien d’Arménie est âprement disputé depuis sa fondation au VIe siècle avant JC.
Au XVIè siècle, partagé entre l’empire ottoman et persan, il est aussi l’objet de la convoitise des Russes. Par le traité de Türkmençay de 1828, la Perse cède à la Russie toute l’Arménie orientale. Les provinces de l’ouest restent quant à elles soumises à l’Empire ottoman.
Ce dernier, en plein reflux dans la seconde moitié du XIXe siècle, perd progressivement la plupart de ses territoires européens.
Ce dépeçage constitue un véritable traumatisme pour les autorités turques contraintes de se recentrer sur l’Anatolie. Or, même dans son repli anatolien, l’Empire reste fragile puisque la question arménienne devient un des motifs d’ingérence des puissances européennes. Intéressées au partage des dépouilles de l’empire, ces dernières imposent par exemple lors du congrès de Berlin de 1878, l’octroi de mesures garantissant la sécurité des populations arméniennes. On prévoit ainsi que « les améliorations et les réformes nécessaires seront effectuées sans retard dans les provinces habitées par les Arméniens. » (...)